Une démarche thérapeutique

Pour la plupart des gens le mot « thérapie », en français, conserve trop souvent, un sens restreint concernant le traitement des « maladies ».

Or, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) rappelle que : « La santé n’est pas l’absence de maladie ou d’infirmité, mais un état complet de bien-être physique, mental et social ».

Dans une telle perspective globale « holistique », la thérapie vise donc le maintien et le développement de ce bien-être harmonieux et non la « guérison », la « réparation », de quelque trouble que ce soit, ce qui sous-entendrait une référence implicite à un état de « normalité », position opposée à l’esprit de la Gestalt qui valorise le droit à la différence, l’originalité irréductible de chaque être.

Cette conception de la « thérapie » rejoint alors la notion de développement personnel, d’épanouissement du potentiel humain, qui diffère explicitement des visées normalisatrices, centrées sur l’adaptation sociale.

Mon expérience en tant que client dans une relation thérapeutique m’invite à penser qu’en règle générale, la personne vient rencontrer un thérapeute avec le modèle prégnant du paradigme individualiste.

Ce processus semble privilégier le fait que l’individu existe en premier et possède à l’intérieur de lui « quelque chose » de l’ordre d’une âme pour les chrétiens, l’étincelle divine pour les spirituels, un inconscient pour les psychanalystes ou un self pour les Gestaltistes. L’individu va ressentir des besoins, éprouver des désirs qui vont le faire contacter son environnement et ainsi établir des relations. Il s’en trouve que la relation est donc secondaire par rapport à l’essence de l’être.

L’idée derrière ce modèle de référence est qu’il y a quelque part une Vérité qui nous est masquée, mais semble être connue par un Autre. Pour exemple : dans la tradition judéo-chrétienne, le modèle est représenté par Dieu, Lequel nous envoie des signaux ou des messagers pour orienter notre vie d’ombre.

Dans la relation thérapeutique, le client semble attendre cette révélation de la part du thérapeute. Le client doit montrer pour cela qu’il avance de travers, afin d’accéder à la réparation. Il montre au thérapeute son mal-être, en qui il va devoir placer toute sa confiance, envers qui il devra potentialiser tout son amour, sinon il ne pourra rien dire. Il devra parallèlement exposer ses défaillances, au risque de perdre cette confiance et cet amour.

À ce stade, ce modèle semble favoriser un processus de honte puisqu’il met le thérapeute en position de savoir et de ce fait le client se livre à son bon vouloir, à son jugement, à son bon plaisir, tout cela sous peine d’être rejeté.

La Gestalt un modèle différent

En Gestalt, le modèle à opposer au paradigme individualiste m’apparaît être celui qu’offre « la théorie du champ ». En effet, ce modèle prend en compte le principe que ce n’est pas la personne qui est première, mais le champ. À la différence du paradigme individualiste où le thérapeute va s’intéresser à ce qui se passe à l’intérieur de son client, dans le champ, le thérapeute va s’impliquer, car ce qui est l’objet de son intérêt, c’est la relation dans ce champ-là.

Dans le contexte gestaltiste, il m’apparaît à l’évidence que la première façon pour le thérapeute, afin d’aider au mieux son client est de mettre sur le même plan que lui d’aller à sa rencontre là où il se trouve, et non lui fabriquer des passerelles sur lesquelles il l’inviterait à s’engager. Le thérapeute va en ce sens accompagner son client en soutenant le processus et non en travaillant sur le contenu qu’apporte celui-ci. Le thérapeute ainsi écoute, observe rapporte éventuellement les données les faits et il se laisser toucher par ce qui se passe dans le présent.

Parallèlement, il se concentre sur l’ici et maintenant, en se servant de ses yeux et de ses oreilles et se cantonnant à observer ce qu’il voit. Il peut également accompagner son client dans le déroulement du processus de la séance. Il identifie les phases de séquence du contact et le moment où le client éprouve des difficultés. Il observe les modalités d’autorégulation, la gestion de l’anxiété, les coupures de contact et les modalités du cycle du contact.